Le bèlè (appelé aussi « Bel air » par les personnes de bonne éducation suivant la francisation du mot créole) est un genre musical dans lequel un chanteur mène la musique avec une voix qui porte, alors que se développe le dialogue entre les danseurs et le tanbouyè (joueur de tambour). Le chanteur est entouré de repondè (les répondeurs), personnes qualifiées et reconnues comme telles pour donner la réponse au chanteur, sans oublier l’assistance qui participe, elle aussi ! 

Le rôle du répondè est de toujours donner la bonne phrase en tenant le bon rythme et les bonnes intonations. Une erreur dans cette tâche pourrait déconcentrer le chanteur, entraînant un déséquilibre dans l’exécution musicale.

Le tambour bèlè est originaire du Dahomey (actuellement le Bénin). Son appellation primitive était Djouba, nom conservé en Haïti notamment. Le rythme donné par le tambour bèlè est accompagné par un rythme ti-bwa donné par deux baguettes et dont l’origine pourrait aussi être le Dahomey. Le ti-bwa est confectionné à partir de branchettes d’arbres ligneux et durs goyaviers, ti-bom, caféier) que l’on taille et fait sécher au soleil. Il est joué par un ti-bwatè (joueur de ti-bwa) sur la partie arrière du tambour bèlè et marque un ostinato encore utilisé chez les peuples Minas et défini par les onomatopées « Tak-Pi-Tak-Pi-Tak ».

Le bèlè en lui-même est un genre composé de plusieurs musiques :
  • Les bèlè de travail : fouyé tè, rédi bwa, teraj kay, coupé kan-n, mazon-n et gran son. 
  • Les bèlè de divertissement :bèlè, gran bèlè, bélia, kalennda, danmyé et ladja. 
  • Les bèlè pour veillées mortuaires : bénézuel, kanigwé, karésé yo, ting bang. 
  • Les danses « la line klè » : mabèlo, woulé, mango.

Ces musiques se jouent donc à des moments bien précis : elles accompagnent la journée. Aux temps anciens, les champs de cacao et de café étaient assez éloignés les uns des autres et s’étalaient sur de grandes étendues à flanc de montagne. On chantait le gran son en retournant son champ. Les coups de houe étaient rythmés par les kon’lanbi (en français : conques de lambi) et le bouillonnement de la terre raconté par le tambour à timbre. Le grand son était chanté par deux solistes masculins ayant une large étendue de voix. 

On retournait la terre en allant vers le sommet de la montagne, après quoi, on la sillonnait en descendant la montagne et le mazon-n, chant pour une seule voix accompagnait cette phase du travail avec toujours deux kon’lanbi qui marquaient le coup de houe.

Les chants, outre leur fonction de rythmer le travail, permettait de raconter l’histoire de l’île, de la communauté, du voisinage, de relater avec ironie les différents entre colons, les déboires d’un camarade ou du contremaître…

Après la journée, on dansait le ladja ou le danmyé.


Mise à jour le 19/12/01